Photo Paolo Bassani

Photo Paolo Bassani

Merit Cup, Withbread 1997-1998
Cataracte, un bruit de mitrailleuse. Ca arrose à tout va. Cataracte. Des impacts partout, ça crible, gifle, transperce. Ca touche à chaque fois. Dans la tranchée exposée du cockpit, les grognards baissent la tête, font le gros dos.
Quand la rafale liquide est passée, tous regardent devant, par delà l’eau qui ruisselle de la capuche. L’étrave plane au-dessus de l’abîme sombre, hume un instant le vent comme un prédateur, plonge, le speedo s’affole 26, 27, 28 nœuds. Un piqué rugissant, je jette un dernier coup d’œil, fasciné, le bateau fonce vers le fond de la mer, impossible, il ne se redressera pas, mais il faut déjà se retourner, épaules voûtées, attendre que le pont arrache une pelletée de mer glaciale pour la balancé derrière sans faire de détail. Cataracte. Ca crépite, ça cingle, je cherche l’air, l’eau froide s’infiltre insidieuse, travail de sape, je la sens qui rigole entre mes épaules, s’égoutte à goutte, pleut, ruisselle.
Merit Cup se cabre à nouveau, une autre glissade, encore, un autre gouffre, déjà.
Ca gronde, d’abord, sa mousse, ça chuinte, vapeur d’eau puis le bruit s’éclaircit, monte vers les aigus. Et ça recommence. Cataracte. Coup rentré dans les épaules. Ca claque sur les cirés, le pont, les voiles pliées. Aucun moyen d’y échapper. Tenir. Pour l’instant on est deuxième.
Encore mille cinq cents milles avant Fremantle.

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