Soufre
17 févr. 2013Ploumanac’h soir d’orage
Il est vingt et une heures, le vent est tombé ; dans l’air, comme une menace. L’orage approche, l’orage est là.
A Ploumanac’h tout se tait et attend. Immobile, les bateaux, l’eau, les arbres. Un rai de lumière inattendu passe entre deux nuages d’encre, éclabousse les rochers. Vous avez dit cote de granit rose ? De l’orange, du safran, de l’or – du soufre. Ca sent l’apocalypse. Dernière vision d’un paradis voué au déluge. On pressent le déchainement, d’autant plus fort que tout est beau, paisible, tellement innocent.
Tout à l’heure, devant le noir qui montait, j’ai écourté la ballade, mis le voilier et l’équipage à l’abri ; au moment de quitter le port, après une courte hésitation, j’ai ajouté une demi-clé que je savais inutile au cordage vert du corps-mort tourné sur le taquet. Maintenant, on est là, debout sur la terre ferme, à quelques pas d’un toit solide. On à le sentiment, jouissif et un peu vain, que toute l’eau peut venir, et les éclairs et le tonnerre et les bourrasques. On regard vers le large :plus une voile sur l’eau, c’est bien, on est prêt. On attend. Presque avec impatience.
