Grain
17 févr. 2013Iroise, novembre
On crie au hublot, il faut prendre le troisième ris, on appelle. Je cours sans rien voir sur un pont obscur. 43,8 nœuds dehors. Je tousse, je crache, j’écume. Mes oreilles sont inondées, impossible d’entendre quelque chose ou quelqu’un, et je ne vois plus rien de cette mer. Comme une bande de tigre pris dans une tempête de sable, elle ne se ressemblait plus, elle était neige ou sable, elle était grain. Les manœuvres se sont enchaînées dans un vacarme, je suivais les ordres de survie, j’avais l’impression que c’était la guerre. Ian, dit que sur terre il n’y a pas de moments importants comme en mer, de grands dangers, il y a seulement de petits drames de tous les jours, mais pas ces instants si poignants, de combats et de craintes. J’avais rêvé d’une tempête. Tenter de tenir un bateau, des vies et des toiles dans le grand vent, au milieu de la nuit, au milieu de la mer. Ce soir l’eau a traversé, il pleut dans le carré. Derrière nous, un horizon neigeux recouvre la mer. Ce soir l’eau à traversé, il pleut dans le carré. Derrière un horizon neigeux recouvre la mer – on dirait l’hivers. Un grand poisson fait des bonds au loin. J’ai pris mon grain.

