Photo Gilles Martin-Raget

Photo Gilles Martin-Raget

Cannes, Régates Royales
Il n’y a même pas assez de vent pour faire voler un chapeau. Je me suis fait engueuler parce que j’ai déséquilibré l’assiette du bateau en bougeant, tout ne tient qu’à un fil… Tais-toi surtout ne dis rien, même les mots pèsent trop lourd. Ca déconcentre. Il fait une chaleur de bête, mais je n’ose plus respirer. Je regarde le main de Patricio et je me dit « voilà une main d’homme qui y croit ». « comment on est par rapport à Simone ? » « on a un peu repris. » « combien de longueur ? » Il gueule. Je me penche un peu pour voir, il se crispe : « Julie, tu bouges pas ! » J’ai des fourmis qui me bouffe les chevilles, je ne sens plus mes cuisses, mais je m’en fous. Je n’ai plus de jambes, je n’ai plus de père, je n’ai plus de mère, je n’ai plus que cette ligne la-bas, avec les sons du corps du bateau-comité fait pour nous scier les nerfs. Bon dieu ce qu’il fait chaud. J’ai le cou en tuyau de pipe à forcer de scruter le souffle là-haut dans le cagnard. Je regardela main de Patricio comme un oiseau sur la branche, et je me dis qu’avec tant de délicatesse, ce serait criminel de perdre. La main d’un chef d’orchestre, le son de l’écoute qui coulisse. Simone dans le travers maintenant.

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