Dolce vita
17 févr. 2013Trieste, fin d’après-midi
J’ai ouvert la paume de la main pour cacher la mer qui brillait comme de l’or. Je voulais bien voir. A la lumière rasante, ils affalaient leur spi ou ils traînassaient devant les plages, nonchalants, comme s’ils se demandaient s’ils avaient vraiment envie de rentrer. Je me suis souvenue de la chanson « on ira, où tu voudras quand tu voudras.» A cette heure-ci, l’Italie est un poème, on n’y peut rien. J’ai regardé les terriens autour de moi, deux amis, un homme et son chien, ils n’avaient plus l’air de remarquer la grâce des voiliers. Pour la course de la Barcolona, ils accourent par centaines, alors les passants passent et les bateaux sont comme les pins, on se promène devant. Moi j’avais envie de crier, d’en appeler un au hasard. « on ira ou tu voudras » me tournait la tête. J’aurais tout donné pour être sur l’eau, à brasser un spi ou faire un dernier tour parce que la lumière est belle. Dieu ! que ne venaient-ils me chercher ? moi, je les fixe dans le soleil, mais ils sont comme les jolies filles, vous avez beau les regarder, elles ne vous voient pas. Paresseux, indolents, traînards, ils font ce qu’ils veulent de la liberté. Je ne veux plus rester sous les pins. J’ai donné la fin de ma glace straciatella au bâtard.
Et ce jour-là, je me suis juré d’en avoir un. Un bateau.
