Photo Pierre Yves Rospabé

Photo Pierre Yves Rospabé

Havre de Régneville, fin d’été

Ici, la marée haute ne dure pas longtemps. Le havre de Régneville, sur la cote ouest du Cotentin, ne cesse de s’ensabler. Il accueillait autrefois des navires chargés de vin de Bordeaux qui relâchaient au creux du sable avant de gagner l’Angleterre. Aujourd’hui le flot vient juste détremper les racines des hautes herbes. Seul les petits tirants d’eau peuvent profiter de cette atmosphère de bout du monde.

L’étrave ronde du dériveur a suivi les courbes du chenal invisible, dénué de perche ou de balise, jusqu’à glisser sa carène plate entre deux à-plats vert prairie, au pied d’une digue désormais inutile, qui masque un petit chantier d’entretien et d’hivernage.

Pas de marina, de parking, de maison. Ici, c’est la mer à la campagne ; il y a des champs justes moissonnés, un rideau de tamaris, le bleu est réservé au ciel. La dune et l’eau se dispute une frontière incertaine et mouvante, soumise au dessin friable de la cote – et aux dessins de la lune. Les moutons des pré-salés paissent à quelques mètres des moutons blancs de la mer.

La cote des havres porte bien son nom : niché au creux d’un de ces estuaires tranquilles, on est à l’abris du temps qu’il fait – et du temps qui passe.

Retour à l'accueil