Marée
17 févr. 2013Chausey, chenal du bonnet, automne 2003
La marée à plus d’un tour dans sa Manche. A Chausey, comme tous les jours, quelqu’un, quelque part, a tiré la bonde, et la mer s’est vidée. L’île, les îles, l’archipel laissent alors apparaître leur vraie nature : commets, plaines, vallées, collines, reliefs plantés en pleine mer. Prés de cinquante kilomètres carrés de fond d’océan à parcourir à pied sec – même Jules Verne n’aurait pas osé. Volontairement posée, et à l’endroit précis, forcément précis, choisi à l’avance, la Petite Mauvaise ressemble à un jouet. Sous misaine et foc de route, une navigation immobile au prés par huit nœuds de Noroît, mirage dans un désert de sable et de roches. La même scène à marée haute, au même endroit – la grume blanchie sur la gauche de l’image en témoigne -, révèle le miracle des plus forts marnages d’Europe : prés de quatorze mètres aux plus belles vives-eaux. Et le danger qu’il y a à naviguer dans l’ouest de l’archipel, dénué de tout balisage et lessivé par de forts courants. Bien peu se risquent dans ce champ de mines aléatoire. Ici plus qu’ailleurs, connaître, c’est reconnaître. Il faut d’abord avoir navigué à pied, crayon et carnet de croquis, alignement, amers, repères. Et, quand le flot a tout gommé ou presque, se souvenir qu’ici, les cailloux les plus dangereux sont ceux que l’on ne voit pas…

