Mouillage
17 févr. 2013Girolata, à l’aube, 12 juillet 2001
La montagne Corse tire doucement son voile d’ombre fraîche sur le mouillage. Je savoure le premier l’instant de la première caresse sur ma fille endormie. Emmy ne se réveillera pas tôt, j’en suis sur. Ses treize ans sécurisés par les rondeurs girondes de cette belle Girolata corse, par le ciel bleu annoncé, par la tranquillité de Bel Ami, mon Etap 28, suçant sereinement sa chaîne comme un enfant son pouce, par l’évidente présence de son père. Mais je ne suis pas à bord ce matin-là. Perché sur une crête je goûte cette aube de juillet. Ses premières lumières saisissent a grande baie par ses pointes, soulevant lentement le voile qui rafraîchit encore le troupeau blanc mouillé dans l’anse divine, deux cents mètres plus bas. Enchanté par cette scène lyrique, j’attends. Assis sur un rocher rouge, j’attends le coup de soleil qui va embraser ma diva , dorer son poste avant, tomber dans le panneau ouvert au-dessus de ses yeux mi-clos. Je crois avoir fermé les miens à ce moment, et remercié la voile de m’avoir amené en montagne.
