Photos Nigel Pert

Photos Nigel Pert

Impéria, l’après-midi
Le vacarme. Une seconde avant, tout est normal, mais on sait que ça va tomber. D’un coup, le point d’amure lâche, la drisse file, il faut ramer. On plonge tête baissée. Il en vient de tous les cotés : dessus, dessous, à droite, à gauche, il pleut de la toile, la voile s’effondre. On souffle en faisant de grands moulinets avec les bras. Si l’on oubliait un seul instant la gravité de la manœuvre, on irait se rouler la dedans comme un gosse dans un tas de foin. C’est l’anarchie. Un seul principe : foncer dans le tas et tout ramener. La matière et rêche mais on ne sent plus rien. On se débat, à toute vitesse, les yeux fermés ou presque, de furie. On attrape tout ce qui passe. Les pieds dérape sur la voile en fatras déjà plaquée à terre. On en mâche, on en mange, on en a trop sous les bras, trop sous les genoux. Des kilomètres de toile qui gueulent, qui claquent, et ça fait un bruit de chaos. Sinon, il y a l’autre solution de la chaussette, plus disciplinée, plus rassurante, mais toujours entortillée. Qui se fait prier pour monter, prier pour descendre. Mais bon, quand il y a deux cents mètres carré de toile à rentrer, on remercie la chaussette. Emballé comme un saucisson, suant, ébouriffé, on se relève toujours comme d’un match de boxe, on ne sait qu’une seule chose : le spi est affalé.

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